La chanson dans le char & le beurre de pine.

L’autre jour j’étais en voiture, sur la route back vers Montréal — je quitte jamais le Mile-End plus que deux-trois jours parce pourquoi dans ‘vie tu voudrais quitter le Mile-End plus que deux-trois jours.  Ça me fait toujours drôle de me faire reconduire quelque part, j’ai l’impression d’avoir douze ans pis de m’en aller chez ma best, au lieu d’être presque une grande personne qui s’en retourne dans son hood.

C’était l’après-midi il faisait soleil comme en juillet et semi-chaud comme en septembre. Il y avait moi sur le backseat, half-endormie et un peu tipsy du vino qu’on avait bu avec la famille, pis mon bébé frère, ma mère voulait que je fasse des dessins avec, moi ça me tentait pas parce que même à cinq ans il me fait de l’attitude pis il me gosse, faut dire que y’est pas tant nice depuis un temps, j’pense qu’il sait que je suis aussi bébélala que lui; y’est un peu cave parce que moi j’essaye d’être quand même smatte avec mais lui il se force pas vraiment fait que hein fuck off. En tout cas.

Pis ben y’avait mon beau-père qui conduisait, pis ma mère à côté. Pis là, après que l’enfant se soit enfin endormi, ma mère commence à raconter que mon beau-père chante toujours une chanson avec l’enfant, «C’est quoi donc, hein, la chanson?» pis là il commence à fredonner, j’sais pu trop c’est quoi la chanson là j’pourrais pas te dire, mais en tout cas il chante, pis là ma mère part à rire «Ah oui c’est ça!!!» pis elle commence à chanter avec lui, genre, TOUTE la chanson.

La toune je m’en sacrais un peu j’avoue c’était pas tant mon style là, si ça avait été du Lil Wayne OK PEUT-ÊTRE (avoue que ça aurait été fucking nice comme berceuse I could give a fuck about no nigga ‘long as my bitches love me) mais là bof c’était genre Paul Piché, mais pas du Paul Piché old school genre Heureux d’un printemps là, c’était plus du nouveau Paul Piché qui m’intéresse pas tant.

Mais tsé, je les regardais, mom pis mon beau-père, chanter ensemble en riant, pis j’me disais «Dude, qui dans ‘vie qui est encore autant in love après 15 ans?». C’est DOPE là, t’imagines, être avec quelqu’un pendant 15 fucking années, pis encore chanter des tounes avec dans le char, pis se faire des p’tites blaguettes à tour de bras, pis se pogner les fesses pis toute? Ils sont dégueus pour vrai: tu te lèves le matin dans c’te maison-là, pis y’est même pas 8h t’as même pas bu un café qu’ils sont déjà en train de raconter une anecdote de qui a fait quoi de DONC BEN DRÔLE, genre c’est insupportable. Fait que ouais, je les regardais chanter, pis j’me suis dis que j’vois pas pourquoi tu voudrais vouloir d’autre chose que ça dans ‘vie.

J’en parlais avec eux hier. Ma mère se pensait bonne — j’aurais fait pareil. Pis mon beau-père ben il m’a dit «Tsé au bout du compte l’important c’est d’être des amis pis tu pars de là. Check ta mère au début j’étais son confident pis regarde aujourd’hui quinze ans plus tard on est encore des amis.» (Pouce en l’air pour le classique « Ramasse la fille émotionnellement fragile », well played.) C’est vrai qu’après quinze ans, mille déménagements, un mariage et un enfant pas de la même couleur, je les trouve pas pire doués d’être encore autant des friends. En tout cas après y’a sûrement fait des jokes drôles un peu de mauvais goût mais j’écoutais moyen j’me disais juste que c’était fucking vrai son affaire.

 

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Ça m’a fait penser à mes friends Jenni pis Eric qui se font des high fives et se frenchent quand ils gagnent leur game à la PS Vita, pis à quand l’homme de la maison et son homme s’échangent leur linge pis jouent au Simpsons. Pis aussi ben à la fois où je suis allée bruncher avec mon père et avec l’homme, et que quand je suis revenue de pipiville mon assiette était arrivée et il avait déjà demandé du beurre de pine (#obsessed) pour moi. J’ai failli pleurer tellement j’trouvais ça trop nice pis attentionné; j’me suis dis, si cest pas ça le love, j’me demande ben ce que c’est.

 

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Tsé moi les anecdotes romantiques dignes de films d’ado, là, j’en ai À TOUR DE BRAS. Genre des fois j’me demande si j’les ai inventées. J’ai frenché sur le toit d’un building en plein Manhattan sous une p’tite neige scintillante deux semaines avant Noël pendant un party fancy de monde de radio underground. J’ai pris des photos de frenchage dans un photobooth en noir et blanc. J’ai frenché sur le coin d’une rue sous la pluie à deux pas de Times Square. (J’aime ça frencher.) J’ai eu la version a capella la plus poche de Marry You sur ma boîte vocale à 8h un mardi matin. J’ai acheté des t-shirts rayés assortis. J’en ai fait des shits, dude, des affaires dont toutes les filles rêvent, j’en reviens pas moi-même.

Pis honnêtement, aujourd’hui, je m’en crisse pis je trouve ça fucking pointless. Ça vaut pas de l’esti de marde. L’important là, quand tu rencontres quelqu’un pis que que tu t’entends bien pis que tu penses que c’est un peu réciproque, ça devrait être de chanter des chansons poches dans un char l’après-midi, pis de chiller dans l’bed tout le monde pas de chandail le dimanche matin, pis de se donner des becs en jouant à des jeux de geek. Le reste on s’en calisse dont ben.

Je sais pas si c’est parce que j’ai 25 ans et trois jours et que je suis en pleine semi-quarter life crisis (des fois on dirait que je suis en semi-quarter life crisis depuis que j’ai genre quatre ans mais bon), mais je trouve qu’on met TELLEMENT de l’importance sur les mauvaises affaires pis qu’on capote TELLEMENT pour rien pis qu’on calcule TELLEMENT tout. Dude ça serait crissement nice si dans ‘vie on pouvait juste se dire «Allô t’es chix pis fin on va-tu bruncher» (j’aime ça bruncher) pis que l’autre dise «Oui» pis SURTOUT qu’il pense vraiment oui pis que ça se fasse pour vrai pis que si c’est l’fun ben NICE on est ensemble. J’sais pas pourquoi on a autant la chienne d’être bien avec quelqu’un, sérieux, c’est un peu cave comment on check sans fin notre FB pis on attend trois heures avant de texter quelqu’un pour pas avoir l’air désespéré pis que si quelqu’un nous répond pas on se dit «ÇA Y EST IL SE CRISSE DE MOI». On peut-tu arrêter de se traiter mutuellement comme d’la marde pis de se dire des affaires à moitié vraies pis juste dire non quand c’est non pis oui quand c’est oui? C’est fucking retardé, on a pas quinze ans guys.

 

Tsé finalement au fond là j’aimerais ça que dans ‘vie on puisse dire à quelqu’un «Yo j’te trouve fucking de mon goût pis quand tu me regardes avec des p’tits yeux brillants pis que tu fais rire je mettrais ma langue dans ta bouche mais pas juste aujourd’hui pis demain, genre, tout le temps, es-tu game?».

 

 

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3 réflexions sur “La chanson dans le char & le beurre de pine.

  1. Ça fait comme 28 ans que mes parents sont ensemble et ils sont encore aussi amoureux, ils passent genre TOUT leur temps ensemble (man, il travaille même ensemble) et pourtant ils ont TOUJOURS quelque chose à se dire. Quand je les regarde partager leur p’tite fondue du vendredi avec une bouteille de vin, les yeux amoureux puis les gags louches, je les envie en ta’.

  2. Tsé, comment ta vie est un fucking drama romantique. T’es une ‘stie de visionnaire Ariane, garde les idées claires pis les jugements fins. Xx

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