Déséquilibrium.

C’est pas vrai que j’suis zen.

Enfin. C’est vrai, des fois. Des fois, j’me trouve tellement chill, j’me regarde aller et j’me dis “Fille, écris un livre, fais des conférences, fonde une secte, quelque chose, parce que toi, tu l’as, l’affaire, t’as tout compris, t’es sûrement la fille la plus épanouie et sereine de la planète”. Des fois, je gère ça en championne des histoires rocambolesques avec la sagesse de Ghandi. J’me trouve hot, tsé.

Mais il y a d’autres fois.

Il y a d’autres fois où dès que mon cerveau se réveille, je sais que ça va être une horrible journée. Une journée de gorge serrée, d’ongles enfoncés dans les paumes, de lèvres mordues presque au sang, de tirage de cheveux, d’estomac qui brûle, d’yeux pleins d’eau. Une journée de tournage en rond, le souffle court, comme si j’attendais la visite de Jésus Christ lui-même.

Vous le savez, de quoi je parle. Regarder son cellulaire toutes les cinq minutes, des fois qu’on n’aurait pas entendu la sonnerie signalant un texto. Allez scêner sur FB, des fois qu’on trouverait quelque chose de pas clair (et on trouve TOUJOURS quelque chose de pas clair). Le fameux truc du “déconnecte-reconnecte” quand il est en ligne mais qu’il ne nous parle pas, des fois qu’il n’aurait pas vu qu’on est là. Et puis là. Commencer à se monter des scénarios incroyables dans sa tête (le mien, aujourd’hui, inclut une nuit blanche passée avec dix whores dans un motelcheap). Commencer aussi à se trouver fucking niaiseuse, niaiseuse de s’embarquer dans une nouvelle histoire, niaiseuse de spinner de même comme une poule pas de tête. Faire le ménage de sa chambre avec une frénésie presque inhumaine, des fois qu’entre deux chandails en mottons par terre on retrouverait notre paix d’esprit.

Parce que là, la chicane pogne.

* * *

La fille #1 regarde aller la fille #2, ben ben ben découragée.
“Eille, c’est quoi ton problème là? C’est pas assez, de parler à quelqu’un aux deux jours? Veux-tu ben me dire qu’est-ce qui pourrait avoir changé depuis les derniers soirs?”
#2 le sait, qu’elle a pas d’allure. mais quand même, dans sa tête, son scénario, il a du sens.
“Ben, peut-être qu’hier soir, il revoyait son ex. Ça expliquerait pourquoi il est parti tellement vite quand je suis allée lui dire salut, et pourquoi il ne s’est pas encore connecté aujourd’hui, tsé, c’est ÉVIDENT qu’il a passé la nuit chez elle, j’vois vraiment pas d’autres explications. Il veut absolument rien savoir de moi là, c’est juste clair.”
#1 hésite entre rire ou pleurer. C’est pathétique, son affaire.
“Ben, peut-être que ça lui tente pas de passer sa vie sur son ordi, pis qu’il a, genre, des choses à faire, pis genre, une vie? Ça te tenterait pas d’essayer ça, faire des affaires et avoir une vie au lieu de t’énerver?”
#2 le sait. Oui oui, elle le sait, tout ça. Mais ça lui rentre pas dans la tête. C’est comme pas plausible. En tout cas, pas autant que de se faire tromper, éviter, rejeter, oublier.

Alors ça continue, comme ça, longtemps. Habituellement jusqu’à temps qu’il donne signe de vie, et du même coup, qu’il donne raison à #1. Et puis #2 prend son trou. Pas longtemps par exemple. Quelques jours plus tard, ça repart. La montagne russe, le gros méchant doute qui vire tout à l’envers.

* * *

S’il fallait qu’il me voit comme ça, à bout de souffle et graffignée. Tsé, lui il pense que je suis toujours la #1, avec des mini-bouffées de #2. Il sait que j’ai la chienne, que je trust pas le monde, que je m’énerve pour rien. Mais il pense aussi que I’ve got my shit together. C’est vrai — ben, c’est surtout que je connais ma folie, j’me vois venir. Mais ça se dit-tu, ça? J’t’une criss de folle pis quand on se parle pas pendant 24 heures j’pense que tu veux plus rien savoir de moi?

J’sais pas si on en vient à bout du doute un jour, hein?

En tout cas. Ce matin, je le savais.

Déconnecte, reconnecte, déconnecte, reconnecte.

Je multiplie les désirs, je divise mes pulsions
Ha, si je pouvais tout tenir entre mes yeux et l’horizon
J’ai des fins de scénarios coincées dans mes artères
Et je ne vois plus très très haut depuis que j’ai commencé à me taire
J’ai le coeur dans la tête 

[Le coeur dans la tête, Ariane Moffatt]

Source: La vie palpitante de Ariane B

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