Salut, homme de ma vie.

C’est moi, Ariane, ta future femme.

On ne se connaît pas encore. D’une part parce que j’ai encore un peu le coeur dans la flotte et que mes millions de projet prennent souvent le dessus sur la solitude qui me torpille les tripes, d’autre part parce que toi, t’es en train d’acquérir ces quelques miettes qu’il te manque avant d’avoir le goût de me laisser poser la tête sur son épaule. Ça fait que j’ai le temps de me présenter, en attendant; tu vas savoir tout ce qu’il y a à savoir sur moi quand on va se rencontrer et qu’on va tomber fous amoureux, probablement pour la vie.

Commençons avec des trucs faciles. J’ai une routine alimentaire béton, tu ne trouveras pas de pâtes, de pain, de gras, de sucre ou de sel dans mon garde-manger, pas de négociation là-dessus; j’ai peur des chiens, des invasions à domicile et du feu; j’adore faire des mots croisés; je n’aime pas les oignons, les olives et les champignons mais je les tolère quand même; je n’ai aucun équilibre et je ne compte plus les fois où je me suis royalement plantée par terre, sobre ou pompette; j’ai l’attirance d’une enfant de cinq ans sur tout ce qui brille ou qui est de couleur bonbon; je parle et je ris extrêmement fort et non seulement je serai insultée si tu me dis de baisser la voix, mais je parlerai probablement encore plus fort; ma chambre n’est jamais en ordre plus que trois jours, et je n’ai pas vraiment de rigueur non plus côté entretien de maison parce que j’ai toujours quelque chose de plus l’fun à faire, genre, jouer à The Sims 3; je ne cuisine pas, autant par désintérêt qu’à cause de ma distraction qui n’est pas très pratique en terme de cuisson et de mon plaisir à dépenser plein d’argent au resto. (La première fois que j’ai eu une cuisine «à moi toute seule», ma première excitation a été d’y mettre un poster de Destiny’s Child.)

Je n’ai rien de la parfaite petite housewife, tu l’as déjà déduit. La simple pensée d’un bungalow en banlieue et d’une mini-van me donnent de l’urticaire, et mon premier rêve d’investissement a été et est toujours un sac Louis Vuitton, suivi de près par un condo à New York et un long voyage en Italie. Je vais probablement trouver ça cute, presque tentant que tu veuilles unbaby avec moi, par exemple, et j’ai d’ailleurs quatre ou cinq noms en banque, pour gars et pour filles. Malheureusement, on ne risque jamais de les utiliser, parce que mon côté mama bearest toujours surpassé par mon besoin d’attention. Connais-tu beaucoup de personnes qui se chicanent avec leur petit frère de même pas quatre ans? J’suis bébélala de même. Je n’ai même pas envie de m’occuper d’une plante (j’ai essayé et lamentablement échoué, désolée, feu-plante). Mais je vais t’acheter plein de surprises, te faire des mixtapes et te soigner quand tu vas être malade, par exemple.

Je vogue étrangement entre un aplomb démesuré et un grand manque de confiance en moi. Malgré la force de caractère que je projette et ma facilité à aborder les autres, je suis en fait extrêmement timide et j’ai une peur atroce du jugement des autres. Paradoxalement, j’ai choisi de passer mes journées soit à écrire ma vie où tout le monde peut la lire, soit sur une scène, les tripes nues pour qui veut bien les écouter; «Fake it till you make it» est définitivement mon motto. En résumé, j’me prend autant pour de la marde que je me pense bonne. J’ai donc besoin de ton approbation même si je prétends le contraire. Je veux que tu me trouves hot. Je te trouve incroyable aussi, et je vais te vanter à tour de bras. Tu es probablement infiniment talentueux et vif d’esprit (en tout cas, je te le souhaite, car je n’ai aucune patience et je déteste répéter), et c’est probablement une des principales raisons de mon attirance pour toi, à part du fait que tu sois très grand et vraiment, vraiment, effortlessly drôle.

Tes parents vont me trouver charmante, parce que je vais converser avec eux d’une manière qui rend toujours les adultes à la fois surpris et enchantés de rencontrer une jeune fille aussi mature et articulée sans être prétentieuse pour deux sous. Tes amis vont m’aimer: le bon vivant va tripper quand je vais reproduire un sketch des Denis Drolet, la blonde de ton meilleur ami va adorer mes pantalons fuchsia, la hippie va être content qu’enfin une végétarienne s’intègre dans votre bande d’amis, le musicien va sortir sa guitare et me faire chanter. Mes amis vont aussi t’adorer; je vais tout faire pour que tu te sentes inclus, et tu vas me rendre la pareille. On va peut-être même matcher deux de nos amis ensemble, qui sait? En tout cas, on va se créer une genre de famille recomposée en patchant les personnes de notre entourage qu’on préfère, une petite bulle de love.

Je suis bruyante. Je ne suis pas capable de faire les choses comme tout le monde. Être moi-même, ça inclut du linge fluo, des lunettes qui prennent la moitié de ma face et trois épaisseurs de faux cheveux. C’est ça, mon naturel. Il ne faut pas me demander pourquoi ou me faire des discours sur l’acceptation de soi; moi, c’est ça. Je suis plus grande que nature et je vis toujours comme un semi-personnage, au risque de me prendre à mon propre jeu et d’être too much, même pour moi-même. Mais toi, tu vas l’avoir compris d’avance, et tu vas t’en foutre comme de l’an quarante. Tu vas me laisser aller, peut-être même en rajouter un peu, parce que tu vas avoir catché. Et les jours où je vais déraper un peu et me perdre là-dedans, tu vas juste me faire un hug sans fin, parce que tu vas avoir catché aussi.

J’ai une attirance intense envers les histoires pas d’allure, les contes de fées, les anecdotes incroyables. Je me fais un devoir de vivre chaque moment comme si c’était un film, au moins pour avoir quelque chose à raconter plus tard. «Ma vie est un film» est probablement la phrase que je répète le plus souvent. J’ai donc des attentes démesurées qui s’apparentent à l’intégrale deSex and the city (appelle-moi kid et je suis vendue, pour vrai). Je vais très certainement t’entraîner dans des péripéties sans queue ni tête, et non seulement tu vas adorer ça, mais tu vas renchérir. N’importe qui d’autre sentirait une pression immense sur ses épaules, mais toi, ça va t’amuser, parce que t’es comme ça toi aussi, peut-être pas aussi foufou, mais assez pour t’embarquer dans une aventure délirante, si ce n’est que pour me faire plaisir. On va être le genre de couple qui commence toujours ses phrases par «Vous ne savez pas ce qui nous est arrivé hier?». On va aimer faire des affaires folles, tout autant que s’écraser sur le divan en jogging en regardant How I Met Your Mother pour la 9034832ème fois, mais encore là, toujours d’une manière spéciale, pas comme tout le monde. On aura le même sens du ridicule et de l’extraordinaire, on va être le couple un peu weirdo qui dérange dans les endroits publics et dont l’humour échappe toujours un peu aux autres.

Je vais être anxieuse, au début. Fucking anxieuse. Je vais regarder mon téléphone, mon FB et mes courriels toutes les cinq secondes, et je vais analyser chaque mot que tu me diras pour essayer d’y trouver une faille. Il faut que tu le saches. La crisse de folle ne sera jamais loin. C’est dommage, mais tu vas payer le prix de plusieurs années de presque-relations avec des garçons pas toujours honnêtes et souvent immatures. Je ne te ferai pas confiance, pas parce que tu ne le mériteras pas, mais parce que je n’arriverai pas à croire que tu t’intéresses vraiment à moi. Je vais faire des crises d’angoisse, et je vais chercher jusqu’au dernier instant l’indice qui m’aurait dit d’avance que j’allais me planter, parce que je serai convaincue d’avance que je vais me planter, que c’était trop beau pour être vrai. Je ne te dirai pas toujours ce qui me passe par la tête non plus, parce que je vais avoir peur de te faire fuir; ou alors, tout va sortir d’un coup, tout croche. Je vais travailler fort là-dessus par exemple, parce qu’avec toi, ça ne sera pas pareil. Ça fait aussi qu’il va falloir que tu travailles un peu pour m’avoir.

Mais ma mère me l’a dit: «Toi, Ari, tu n’auras pas beaucoup d’amoureux dans ta vie, mais quand tu vas en avoir un, ça va être pour longtemps!». Je la crois. Et c’est comme ça pour toi aussi. Nous deux, quand on s’embarque, c’est pour de vrai. Pas d’une manière lourde et étouffante; juste de notre manière intense et sincère de vivre les choses.

C’est pour ça que tu m’attends, toi aussi. Pas désespérément, pas en te privant d’en rencontrer d’autres, mais quand même, toujours avec la conscience que je suis là, quelque part. Et quand on va être prêts, quand on va être des grandes personnes, on va pouvoir être des bébélalas ensemble. Si t’es chanceux, je vais peut-être même négocier un baby contre un condo à New York, si on l’appelle Gabriel ou Emma et que tu me fais une pizza pas d’oignons.

Source: La vie palpitante de Ariane B

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