Le démon du [dimanche] midi.

Il a fallu que je sorte. Que je quitte la maison. J’ai presque couru jusqu’au Vieux Vélo, pour en ressortir avec un grand latte, puis au marché du coin, pour faire quelques courses, histoire de passer pour “normale”.

Ce n’est pas pour rien que je quitte la maison tous les dimanches. Oui, bien sûr, j’aime tellement aller bruncher que je pourrais me qualifier de bruncheuse professionnelle; je gagnerais la médaille d’or aux Olympiques Du Brunch. Mais c’est aussi parce que le dimanche, quand je suis seule, une force plus grande que nature profite de l’absence de l’homme de la maison et d’amis généralement présents pour chasser les mauvaises vibrations pour s’incruster chez moi.

Le démon du dimanche midi.

Déjà, en ouvrant les yeux, je sentais sa présence s’installer, comme le brouillard les jours de mauvais temps. J’ai d’abord tenté de l’ignorer, de plisser les yeux pour voir au travers. Je me suis scotchée à l’écran de mon ordinateur tout l’avant-midi, histoire de m’abrutir l’esprit, de ne pas le laisser aller. Il faut le tenir en laisse, celui-là, car il n’a pas la docilité facile, et le démon beaucoup trop malicieux, beaucoup trop tentant. J’ai tenté de tenir bon, et j’y suis parvenue plus longtemps que je ne l’aurais pensé. Mais la solitude a eu raison de ma détermination.

Et me voilà en train de relire chaque phrase qu’il m’a écrite, de réécouter chaque chanson qu’il m’a envoyé.
Comme pour me convaincre que c’est bien arrivé.
Comme pour trouver entre ses mots une réponse autre que celle que je connais et qui est pourtant la bonne.

Vous le lisez comme moi, non? Noir sur blanc.

J’ai vite senti les larmes emplir mes yeux, ma gorge se serrer, la colère m’envahir, la tristesse m’enlever toute contenance.

Ça allait bien, pourtant, ma période post-breakup. Je n’avais pas cédé à la tentation de me replonger dans ma peine depuis des semaines. Je me remettais, comme une grande. Je me trouvais solide. Je m’occupais le plus possible. J’arrivais presque à avoir le contrôle sur ma tête, même le soir, heure dangereuse pour les âmes en peine, qui s’amusent alors à dériver vers d’interminables comment et pourquoi. J’arrivais même à penser au prochain, à me dire que ce serait mieux, à m’expliquer qu’il faut simplement que je fasse le deuil de notre conte de fées et que je m’ouvre à la vraie vie, à quelque chose de simple, de facile. Je m’étais presque convaincue que le fameux dicton disant qu’it takes half the time you’ve been with someone to get over them était probablement vrai, puisqu’il y a déjà plus de deux mois que c’est fini, et que je me trouvais plutôt sereine, état m’étant généralement étranger.

Et pourtant. Tout ça me hante encore. Me voilà encore, en ce dernier dimanche d’avril, à me repasser en boucle les images d’un hiver entre parenthèses. Oui, j’arrive maintenant à écouter Van Morrison, à sourire au souvenir d’une anecdote, à dire son nom sans trembler. Mais tout mon âme proteste quand même. Ce n’est pas juste.

Parce que ce qu’on avait… c’était ÇA que je voulais. Ce n’était pas simple, ce n’était pas facile. Mais ce n’était PAS un conte de fées. C’était la vraie vie. Je me suis tellement répété que c’était digne d’une comédie romantique, que c’était plus grand que nature, que ma vie est un film, qu’au fond je dois surtout faire mon deuil de l’histoire, du contexte, des circonstances…

Mais BIEN SÛR que c’était plus grand que nature! Parce que je ne veux rien d’autre! C’est peut-être ce qui entraînera ma perte, mais c’est aussi ce qui m’apporte ce que je veux! C’était bien évident que c’est comme ça que ça allait être, notre histoire: je ne vis que pour l’extraordinaire! L’extraordinaire extase et l’extraordinaire douleur, oui, mais l’extraordinaire QUAND MÊME! Je ne me serais contentée de rien d’autre! Mais ça n’en fait pas quelque chose d’autre que la vraie vie pour autant! MA vraie vie!

Je n’y crois pas, aux amours température pièce. OK?
Je veux un grand brasier qui me brûlera vive, qui fera de ma vie un enfer de beauté.

Ce n’est pas surprenant que le démon du dimanche midi s’installe chez moi.
Les flammes y montent si souvent qu’il s’y sent comme à la maison.

Source: La vie palpitante de Ariane B

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