Ta-ta for now.

Trois semaines. Trois semaines de tristesse, de questionnements, trois semaines à retourner la situation dans tous les sens, trois semaines à chercher des réponses, des indices, des détails qui m’auraient échappé.

C’est simple, pourtant. C’était trop, trop compliqué, trop de concessions, trop d’engagement, trop d’attentes, trop de patience. C’était facile pour nous de m’imaginer débarquer avec ma petite valise et vivre pour toujours en clandestine avec lui, de nous imaginer se marier pour réussir à détourner les lois… Mais on savait très bien que la vraie vie, c’est aussi des papiers, des obligations, des restrictions, et l’attente. Le fossé était trop grand entre son envie de m’avoir tout près, tout le temps, et sa capacité à se soumettre à des engagements aussi sérieux. Je sais qu’il aurait voulu. Je le sais. J’aurais voulu aussi; je l’aurais probablement fait. Mais le besoin de facilité l’a emporté sur la profonde affection qu’on a l’un pour l’autre. C’est peut-être de la lâcheté, c’est assurément de la peur, mais je comprends. Des fois, on a tout simplement besoin de bras dans lesquels se lover, même si ce ne sont pas ceux d’une personne qui nous renverse.

Il me manque. J’ai l’impression que le monde entier est empreint de nous deux. La seule mention de la ville me ramène sur le toit d’un immeuble avec vue sur l’Empire State illuminé dans la nuit de décembre, pieds nus, son lecteur mp3 dans les oreilles, son veston sur mes épaules. Gaga mentionne Springsteen sur Twitter et nous revoilà dans la voiture, complètement perdus sur la route entre nos deux villes, The Edge Of Glory jouant à tue-tête pour essayer de se donner du courage. La radio me catapulte tout d’un coup au karaoké, sirotant ma pinte de rousse, assise à une table crasseuse, l’écoutant me dédier une chanson, ses cheveux fraîchement coupés par mon coloc comme un vrai petit hipster. «Anything you wantyou got itAnything you needyou got it.» C’était vrai. J’avais tout absolument tout ce dont je rêvais: un garçon qui me faisait mourir de rire, qui m’appelait kid (surnom dont je rêvais secrètement après des années de Sex & The City) qui adorait mes amis et qui était aussi fou, plus fou même que moi.

On s’était trouvé, tsé. On s’était reconnu. J’ai vu en lui ma curiosité, mes explosions, ma façon bruyante et excentrique d’exister, mon intensité. Il a vu en moi son envie dévorante de faire les choses autrement, différemment, marginalement, sans se soumettre à des idéologies, des idées préconçues, des attentes de la famille, de la société. «I don’t feel like a freak when I’m with you.» Il a vu l’endroit où il voulait se rendre; j’étais la grosse croix rouge sur la map, le fil d’arrivée. Il ne lui manquait que l’itinéraire pour s’y rendre. J’aurais voulu être la boussole — il avait besoin de faire la route lentement, de regarder où se couche le soleil et de trouver son chemin par lui-même, même si ça signifie de s’égarer pendant quelques temps. Moi, je suis rendue, ou en tout cas, très près du but. Je n’aurais tout simplement pas pu faire marche arrière. Je sais aujourd’hui que je veux avancer avec quelqu’un à côté de moi, et non tirer quelqu’un derrière moi.

Je suis heureuse à l’idée de partir cet automne pour moi et non pour nous, de prendre la grande ville by storm et de la faire mienne et non de m’inviter dans la sienne. J’espère très fort qu’on s’y recroisera. Je pense sincèrement qu’on est faits l’un pour l’autre, que l’espace entre lui et moi, c’est le temps. Le temps de vivre, d’apprendre. Je sais que pour l’instant, il a besoin d’une vie d’adolescent et d’un amour simple; je sais que j’ai besoin de quelqu’un de solide, qui n’aura pas peur de nous. Ce n’est pas que je veux m’accrocher à tout prix, non, je passe à autre chose. Et si la vie ne nous réunit pas, l’amour qu’on a l’un pour l’autre, il aura existé et il existera toujours, comme une parenthèse parallèle, un espace-temps à l’abri de toute laideur, et il ne m’en restera toujours que des souvenirs de tendresse et de magie. Je n’en ai pas encore tout à fait fait mon deuil, mais ce matin, avec mars qui nous vole une heure de sommeil et la lumière du matin qui s’étend sur Montréal, je sais que ça va aller. Il me manquera, mais ça va aller. Je suis prête pour le reste de ma vie.

«-I have a question for you. Why wasn’t it me?
-Carrie…
-No, seriously. I really need to hear you say it. Come on, be a friend.
-I don’t know. It just got so hard… and she’s….
-Yeah. ”Your girl is Iovely, Hubbell.”
-I don’t get it.
-And you never did.»

Source: La vie palpitante de Ariane B

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